MSF et Srebrenica 1993-2003

MSF et Srebrenica 1993-2003

L’étude de cas “MSF et Srebrenica 1993-2003” s’intéresse aux questionnements et dilemmes posés par les prises de parole publiques de MSF concernant l’enclave musulmane de Srebrenica, qui fut assiégée à partir de 1993 puis conquise en juillet 1995 par les forces bosno-serbes. 8000 hommes et adolescents de plus de 16 ans y furent massacrés malgré la présence des forces de maintien de la paix des Nations-Unies, censées protéger la population de cette enclave déclarée « zone de sécurité ». MSF, dont les équipes ont été présentes dans l’enclave pendant toute cette période, témoigna des évènements et demanda ensuite publiquement que des enquêtes soient menées par les différents Etats impliqués afin de déterminer les responsabilités politiques et militaires dans la chute de l’enclave et l’abandon de sa population.

En acceptant d’apporter des secours a minima à une population assiégée, MSF n’a - t-elle pas contribué à la stratégie des assiégeants ? Fallait-il demander l’évacuation de la population civile qui le souhaitait au risque de cautionner la politique d’épuration ethnique menée par les assiégeants ? Ayant fait confiance à l’engagement de protection de l’enclave et de sa population par les Forces des Nations unies, MSF doit - elle assumer une part de culpabilité ou de complicité dans l’abandon de l’enclave par l’ONU et le massacre de la population qui a suivi ? N’a-t-elle pas donné à la population, la fausse impression que rien ne pouvait lui arriver tant que ses équipes étaient présentes ? Est-ce le rôle d’une organisation médicale humanitaire de lancer un appel à une commission d’enquête parlementaire puis, celle-ci mise en place, d’en assurer un suivi actif critique ? A l’inverse, MSF pouvait-elle ne pas chercher à comprendre les circonstances et les responsabilités qui, au niveau international, ont mené à l’abandon et au massacre d’une population à laquelle ses équipes portaient secours ? Pouvait-elle se contenter de lancer un appel à une enquête parlementaire sans s’assurer que celle-ci se pose des questions susceptibles d’apporter des réponses éclairantes sur les événements ? Le cas de Srebrenica doit-il être conçu comme un accident de l’histoire ou comme un modèle irréductible de l’impossibilité des mandats internationaux de protection des populations développé par l’ONU ?